Article adapté de la source originale : Latest greenhouse gas inventory of Switzerland (publié le 8 avril 2026, mise en ligne des documents le 9 avril 2026) et Inventaire des gaz à effet de serre pour l’année 2024 : légère baisse des émissions (communiqué de presse du 13 avril 2026)
Auteurs/organisations : Office fédéral de l’environnement (OFEV/BAFU), Confédération suisse – éditeur et auteur de l’inventaire (National Inventory Document 2026, séries 1990-2024, soumis au Secrétariat de l’ONU sur les changements climatiques, CCNUCC). INFRAS a contribué au rapport pour le volet transports, sur mandat de l’OFEV. Aucune personne n’est citée nominativement dans le communiqué.
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Sources complémentaires : RTS Info (13 avril 2026, © RTS – tous droits réservés) pour la déclaration du porte-parole de l’OFEV sur la primauté mondiale, et Le Temps / ATS (13 avril 2026, © Le Temps / ATS – tous droits réservés) pour le détail sectoriel. Mêmes réserves de droits que pour la source principale : citation courte attribuée et lien uniquement.
Crédit visuel : illustration générée par intelligence artificielle, production WasteOlas Sàrl. Aucun visuel repris des sources.
Introduction
La Suisse a émis 40,1 millions de tonnes d’équivalents CO2 (éq.-CO2) en 2024, soit 27,3 % de moins qu’en 1990 – mais seulement 0,5 million de tonnes de moins qu’en 2023. Derrière cette baisse au ralenti, l’inventaire des gaz à effet de serre remis par l’OFEV à la CCNUCC contient une première historique : les émissions négatives de l’industrie y sont comptabilisées, pour un volume de 705 tonnes de CO2 capté dans des installations de biogaz et stocké durablement dans du béton recyclé. Pour la première fois, la chaîne biogaz → captage → stockage minéral local existe dans les comptes officiels du pays – et, selon l’OFEV, dans ceux d’aucun autre pays avant elle.
Une trajectoire qui s’essouffle face à l’objectif 2030
Avec 40,1 millions de tonnes d’éq.-CO2 en 2024 (contre 40,8 en 2023 et 55,2 en 1990), la Suisse affiche -27,3 % par rapport à 1990. En intégrant le bilan des gaz à effet de serre lié à l’utilisation des terres, la réduction n’est plus que de 22,3 %. Or l’objectif inscrit dans l’Accord de Paris et la loi sur le CO2 est d’au moins -50 % en 2030, et de -35 % en moyenne sur la période 2021-2030. Le rythme actuel – un demi-million de tonnes gagné en un an – laisse un écart considérable à combler en six ans, ce qui explique la pression réglementaire croissante sur les émissions difficilement évitables.
Le détail par secteur : les gains faciles sont derrière nous
Le bâtiment atteint 8,8 millions de tonnes d’éq.-CO2 (-47 % depuis 1990, 22 % du total), porté par la forte progression des pompes à chaleur. L’industrie émet 8,9 millions de tonnes (-33 %, 22,3 % du total), sa baisse annuelle de 0,2 million de tonnes s’expliquant notamment par un léger recul de la production de ciment. Les transports restent le premier émetteur avec 13,4 millions de tonnes (-10 % seulement depuis 1990, 33,5 % du total), le recul provenant surtout d’un usage accru des biocarburants. Les autres émissions totalisent 8,9 millions de tonnes (-13 %), dont 6,6 millions pour l’agriculture ; les gaz synthétiques et la gestion des déchets restent quasiment inchangés par rapport à 2023. À part, le transport aérien et maritime international pèse 5,5 millions de tonnes, exclu de l’objectif 2030 mais inclus dans le zéro net 2050.
Deux enseignements pour l’économie circulaire : les émissions des déchets ne baissent plus par simple optimisation, et la décarbonation des procédés industriels comme le ciment plafonne. Ce sont précisément les gisements où le captage et la valorisation du CO2 deviennent la seule voie de progrès.
705 tonnes : un chiffre minuscule, un signal majeur
L’entrée des émissions négatives industrielles dans l’inventaire est la nouveauté marquante du millésime 2026. Le volume est encore anecdotique à l’échelle nationale – 705 tonnes face à 40,1 millions -, mais sa nature compte davantage que sa taille : il s’agit de CO2 biogénique capté sur des installations de biogaz, puis minéralisé dans du béton recyclé, c’est-à-dire exactement le type de boucle courte que défend WasteOlas. Ce qui était jusqu’ici un démonstrateur devient une ligne comptable reconnue par la Confédération et reportée à l’ONU, avec méthodologie, traçabilité et vérification à la clé. La stratégie climatique à long terme du Conseil fédéral rappelle d’ailleurs que le développement des émissions négatives est indispensable pour atteindre les objectifs climatiques suisses : le passage de 705 tonnes à des centaines de milliers de tonnes est désormais un problème d’industrialisation, pas de principe.
Une première mondiale, pas seulement suisse
La portée de ces 705 tonnes dépasse les frontières. La possibilité de déclarer des émissions négatives est ouverte à tous les pays signataires de la CCNUCC, mais aucun ne l’avait fait avant la Suisse :
« À notre connaissance, aucun autre pays n’a déclaré d’émissions négatives dans son inventaire des gaz à effet de serre au titre de l’Accord de Paris. » Porte-parole (Office fédéral de l’environnement, OFEV), propos rapportés par la RTS
Autrement dit, le premier précédent comptable mondial en matière d’émissions négatives a été créé avec du CO2 biogénique issu du biogaz et minéralisé dans du béton recyclé – une filière décentralisée, locale, à faible intensité logistique, et non un mégaprojet de stockage géologique. C’est un atout de positionnement considérable pour les acteurs suisses de la valorisation du CO2 local : la méthodologie de référence que d’autres pays reprendront s’écrit ici, sur des installations de taille modeste.
Le puits carbone naturel se dérobe, la demande de puits techniques monte
L’inventaire souligne que l’utilisation des terres s’est muée ces dernières années en source de gaz à effet de serre, notamment sous l’effet des changements climatiques – la forêt suisse absorbe et stocke moins de CO2 chaque année. C’est la raison pour laquelle la réduction tombe de 27,3 % à 22,3 % lorsqu’on intègre ce bilan. Mécaniquement, chaque tonne que la forêt ne séquestre plus devra être compensée par des puits mesurables et durables : captage sur sources biogéniques, minéralisation, valorisation industrielle du CO2. La fenêtre de marché pour les acteurs capables de capter et valoriser du CO2 local s’élargit donc au rythme même de l’affaiblissement du puits forestier.
Conclusion : la valorisation locale du CO2 passe du laboratoire aux comptes nationaux
Cet inventaire valide la thèse qui structure les développements de WasteOlas : la décarbonation suisse ne se jouera pas seulement sur l’efficacité énergétique, dont les gains s’amenuisent, mais sur la capacité à capter, valoriser et stocker le CO2 là où il est produit – stations de biogaz, industrie, traitement des déchets. Les 705 premières tonnes d’émissions négatives issues du biogaz et fixées dans du béton recyclé sont la preuve que la chaîne technique fonctionne, qu’elle est mesurable, qu’elle est reconnue officiellement – et qu’elle place la Suisse en tête sur le plan comptable international.
La suite est une question d’échelle et de vitesse. Avec un écart de plus de 25 points entre la performance 2024 et l’objectif 2030, la Suisse aura besoin de volumes de CO2 biogénique captés et valorisés bien supérieurs, et donc d’acteurs capables de raccorder des installations décentralisées à des débouchés industriels réels. C’est précisément le terrain que WasteOlas prépare : transformer un flux considéré comme un déchet en ressource locale comptabilisée, à l’échelle du territoire.
